Ordre et Révolution

Réflexions sur la modernité et le libéralisme

Misère de l’homme moderne

Phalanstère

La civilisation contemporaine est marquée par deux phénomènes sociaux connexes : l’individualisme d’une part, le collectivisme d’autre part. Tantôt les uns récusent le premier : trop d’individualisme ! Assez de l’individualisme ! Tantôt les autres récusent le second : trop de collectivisme ! Trop d’Etat ! Mais plus rares sont les plaintes contre les deux phénomènes à la fois, et pour cause, l’homme moderne ne conçoit pas qu’il existe une alternative entre l’individu et l’Etat dans la constitution sociale. Soit il faut se reposer sur l’égoïsme rationnel de l’homme parce que chacun en poursuivant son bien propre fait le bien d’autrui, à l’instar du boulanger qui pour gagner sa vie doit faire le pain apprécié de ses potentiels clients. Soit il faut sacrifier l’égoïsme de l’homme pour soumettre pleinement l’individu aux intérêts supérieurs et généraux de la collectivité. Qui des individus ou de la collectivité qui se les sacrifie font la vraie société et son bien ?

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Le Silence de Dieu, Rafael Gambra

Comme vous pouvez le remarquer, je n’ai pas donné de suite à mon billet sur les réactions quant à la tuerie de Charlie Hebdo : l’événement s’est poursuivi pendant quelques jours, il y a eu d’autres morts, et depuis deux semaines, un tel flot de conneries inonde notre pays que je suis très lassé de l’affaire. Faire silence a du bon, surtout en ces temps qui ont été difficiles.

Je préfère vous présenter ici un excellent essai sur la modernité, qui pourra par ailleurs faire quelques échos avec ce que nous avons vécu, et que je vous recommande très vivement. Cet essai, c’est Le Silence de Dieu (1968), du philosophe espagnol et catholique Rafael Gambra (1920-2004). Inconnue en France, son œuvre rejoint celle du groupe de penseurs catholiques du XXe siècle critiques de la modernité, s’appuyant pour ce faire sur la tradition, le néothomisme et la philosophie classique, tels que Gustave Thibon ou Marcel de Corte.

Le Silence de Dieu représente une très bonne synthèse de cette critique de la modernité, autant par l’intelligence du propos que par la forme et le chemin emprunté : court et accessible à tous, l’essai de Rafael Gambra se propose d’expliquer le déclin des fondements de la Cité humaine en notre temps et le désespoir existentiel qui lui est lié à travers la lecture d’œuvres qui sont devenues des classiques de notre littérature, et en particulier l’œuvre inachevée de Saint-Exupéry : Citadelle.

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#JeSuisCharlie

La tragédie d’hier fut abominable. La mort des journalistes et salariés de Charlie Hebdo donnée par les deux islamistes fut brutale et nous est insupportable. Elle est un grand malheur qui a gravement blessé la conscience occidentale, comme en témoigne l’ampleur des réactions qu’elle a rapidement suscitées en France et dans bien des pays du monde. Partout le même leitmotiv : par cet attentat on s’en est pris à la liberté d’expression, c’est-à-dire à l’âme de l’Occident, à son socle, à ses valeurs.

Et parce que les Occidentaux ont tant eu l’impression d’être blessés dans leur chair par cette attaque contre leur liberté d’expression, leur réaction en dit long sur l’état de ce qui constitue aujourd’hui la civilisation occidentale.

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Etat et société civile

Plus l’État étend son emprise, plus il élargit ses champs d’intervention, plus la politique devient carriériste, et plus on entend d’appels à la société civile, à des mouvements ou partis de la société civile, à une politique d’hommes d’expérience venus de la société civile. Comme si face à l’État et son extension continue, la société civile constituait un opposé nécessaire et utile qui puisse freiner cette extension et reprendre sur l’État un certain nombre d’initiatives.

La politique ne se réduirait plus qu’à ça : l’État d’un côté, la société civile de l’autre, chacun se disputant un même terrain de prérogatives. Où mettre le curseur ? 80% d’État, 20% de société civile ? 10% d’État, 90% de société civile ? 0% d’État, 100% de société civile ?

Mais est-il vraiment certain que cette représentation du politique soit la bonne ? Est-il vraiment bon, pour défendre la liberté, de se reposer sur la société civile ? Faut-il défendre la société civile ?

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Qu’est-ce que la Nation ?

Parmi les notions qui font fortement débat chez beaucoup de contemporains, il y a la Nation. Pour certains, la Nation est une réalité, qui peut certes être difficile parfois à définir, mais qui n’autorise pas un doute radical : la France existe. Pour d’autres, la Nation est une pure fiction, il n’existe que des individus qui interagissent entre eux d’une quelconque manière ; et à bien y regarder la Nation paraît une invention politique, servant l’Etat qui peut justifier par là tous les obligations de sacrifice de la part des individus qu’il contrôle : l’Etat prétend que l’intérêt de la Nation est supérieur à l’intérêt individuel.

Autre voie possible chez les plus libéraux : la Nation est pur sentiment individuel. C’est parce que je me sens être français que je peux dire, et moi seulement, que la France existe, espèce d’objectivisation de mon propre sentiment d’appartenance. Mais à bien y réfléchir, cette voie condamne d’emblée la Nation : elle ne donne l’être véritable qu’à l’individu qui pense. Ce n’est pas parce que je pense être bon cuisinier que je le suis véritablement : soit la Nation est elle-même, soit elle n’est pas.

Je propose d’explorer dans cet article quelques voies de compréhension, ou de condamnation, de la Nation : celle-ci existe-elle vraiment ?

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On ne naît pas égaux

Égalité, égalité, mot primordial de la modernité. On l’y retrouve prononcé à outrance, elle est dans toutes les bouches, et presque tous les cœurs sont comme portés naturellement vers elle : l’égalité, noble idéal de la modernité, vers lequel le moderne croit son aspiration être universelle et éternelle. En tout temps et tout lieu, les hommes seraient portés à l’égalité : oui mais laquelle ? Tel est le grand problème de la modernité : les hommes sont égaux, les hommes aspirent à l’égalité, cela est entendu, mais en quoi sont-ils égaux ? Quelle est l’égalité naturelle des hommes ?

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On ne naît pas avec l’univers

En guise d’introduction à ce tout nouveau blog qu’est Ordre et Révolution, il me faut bien situer son objet général, et expliquer par là les problématiques récurrentes que l’on rencontrera en l’étudiant.

Pour mettre en évidence cet objet, commençons par constater que pour l’homme contemporain, le préjugé progressiste apparaît en règle générale comme une certitude : le présent vaut mieux que le passé, non pas du simple fait qu’on vit dans le présent et non dans le passé, mais parce que ce qui structure et organise le présent, ce qui s’y déroule et s’y développe, valent en soi beaucoup plus que ce qui pouvait exister dans le passé.

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