On ne naît pas égaux

par equiairchampaignat

Égalité, égalité, mot primordial de la modernité. On l’y retrouve prononcé à outrance, elle est dans toutes les bouches, et presque tous les cœurs sont comme portés naturellement vers elle : l’égalité, noble idéal de la modernité, vers lequel le moderne croit son aspiration être universelle et éternelle. En tout temps et tout lieu, les hommes seraient portés à l’égalité : oui mais laquelle ? Tel est le grand problème de la modernité : les hommes sont égaux, les hommes aspirent à l’égalité, cela est entendu, mais en quoi sont-ils égaux ? Quelle est l’égalité naturelle des hommes ?

S’agit-il de l’égalité de droit, défendue par les proto-libéraux dès les origines de la modernité ? Ou bien de l’égalité des richesses, ou encore des conditions, telle que le promouvront par la suite les courants divers du socialisme ? Ou même encore égalité par la race, égalité des membres d’une même race, malgré l’acceptation d’une inégalité raciale naturelle signifiant surtout l’humanité plénière pour la race supérieure ?

La certitude philosophique et politique la plus ancrée en l’homme moderne est que les hommes sont égaux. Reste à savoir comment se manifeste cette égalité : objet de grandes divisions chez les modernes, mais union certaine dans la promotion de l’égalité.

La chose sans doute la plus étonnante est que l’homme moderne ne sait pas mettre en doute l’égalité, du moins pas radicalement : le racisme paraît y atteindre, mais celui-ci porte davantage sur la question de l’humanité (qui est vraiment homme ?) que de l’égalité. Les hommes sont égaux, et à défaut de l’être aujourd’hui dans les faits, il doit l’être demain, car il est philosophiquement certain que l’homme est l’égal de l’homme.

Pourtant, ce goût moderne de l’égalité, ce goût qui paraît si naturel, si indiscutable au moderne, ce goût pour ce qui lui apparaît comme une indéboulonnable évidence partagée par tout être humain, n’a rien d’aussi universel qu’on pourrait le croire. Si l’idée d’égalité n’est pas une invention moderne, sa prégnance, son importance et surtout son sens actuel, quelles que soient d’ailleurs les diverses conceptions de l’égalité reconnues aujourd’hui, sont pleinement modernes, sont une pure nouveauté dans l’Histoire et sont même, sous bien des traits, le caractère le plus primordial qui soit de la modernité dans les champs de la philosophie de l’homme et de la philosophie politique.

D’une certaine manière, peut-être maladroite, on pourrait dire qu’avant la modernité, c’est l’inégalité qui paraît à l’homme être la chose la plus naturelle et la plus désirable. L’expression est maladroite parce qu’il y a eu une idée de l’égalité dans les systèmes de pensées classiques, mais il ne s’agit en rien de l’égalité moderne. C’est le tort des contre-révolutionnaires d’avoir accepter pleinement le langage moderne en refusant l’égalité par la promotion inadmissible aux esprits actuels de l’inégalité.

L’égalité moderne, qu’il s’agisse de l’égalité en droit ou de l’égalité en fait consiste toujours en une égalité de terme à terme, de type : Pierre est l’égal de Paul. Ce qui se traduit, selon les conceptions diverses : Pierre a les mêmes droits que Paul, ou bien Pierre est aussi riche que Paul – ou plus souvent, mérite d’être aussi riche, ou plus encore ne mérite pas d’être plus riche.

Il n’est rien de tel avant la modernité, à quelque exception près. L’égalité classique est surtout une égalité de rapports, de type : Pierre en tant qu’il est ceci est l’égal de Paul en tant qu’il est cela. Exemple : Pierre reçoit autant d’honneur en tant que cordonnier que Paul en tant qu’il est général des armées. Dans l’absolu, il y a donc purement et simplement inégalité, mais il y a bel et bien égalité de rapports, égalité proportionnée.

Même la démocratie, dans la perspective classique, n’est pas une pure égalité terme à terme telle qu’elle est conçue chez les modernes : certes chaque votant n’a qu’une voix, mais tout le monde dans la Cité n’est pas votant. La démocratie athénienne n’a strictement rien à voir avec sa version abâtardie que nous pratiquons aujourd’hui : il s’agit surtout d’une démocratie aristocratique où votent les hommes dignes d’être libres, « libéraux » au sens le plus vieux du terme. Par ce régime démocratique, il n’y a pas d’égalité dans la Cité de type terme à terme, mais bien de rapports, conférant aux seuls hommes dignes de la posséder la possibilité de voter. Il s’agit là de la manifestation de l’égalité peut-être la plus proche de l’égalité promue aujourd’hui, et il n’est pas étonnant que c’est la démocratie qui nourrira beaucoup les fantasmes égalitaires des modernes, mais elle en reste pourtant radicalement distincte.

Véritable exception à l’égalité classique, l’idée d’égalité des hommes dans le christianisme : tous les hommes sont bel et bien égaux terme à terme dans la perspective chrétienne. Mais il est utile de rajouter qu’ils sont égaux terme à terme devant Dieu : l’Évangile s’adresse à tous, juifs comme païens, maîtres comme esclaves. Et face à l’infini qu’est Dieu, les inégalités sont insignifiantes, les hommes sont égaux. En un sens, cette égalité est l’exact opposé, malgré les similitudes, de l’égalité moderne : dans le christianisme, les inégalités s’écrasent devant Dieu parce que les hommes sont limités quand Dieu est infini. Dans la perspective moderne, ce sont les hommes qu’on multiplie par l’infini pour les trouver égaux, dans l’absolu de l’individualisme.

En conséquence, l’égalité chrétienne ne signifie pas égalité dans la société humaine, ni en droit, ni en fait. Seulement égalité devant Dieu, égalité devant sa loi, égalité dans sa justice.

L’idée de l’égalité terme à terme des hommes, l’idée que Pierre est l’égal de Paul, est donc une « invention » moderne, ni évidente ni certaine durant toute la période classique (Antiquité et Moyen-Âge), et même au contraire en pleine contradiction avec l’idée classique d’égalité, qui est, comme on l’a dit, une égalité de rapports. Il est capital de le comprendre : l’égalité moderne n’est pas la règle de l’égalité, elle n’est pas universellement désirée, elle n’est pas l’unique égalité possible, et elle n’est pas l’aboutissement de l’égalité classique. L’égalité classique, encore une fois, s’oppose radicalement à l’égalité moderne : il n’y a plus égalité de rapports s’il y a égalité terme à terme.

Seulement, malgré l’opposition, le développement de la modernité s’est effectué par une reprise presque totale du vocabulaire classique tout en en modifiant profondément le sens : un des exemples les plus frappants de ce phénomène est celui du droit, et en particulier du droit naturel. Nous disons aujourd’hui que les hommes sont égaux en droits, mais d’où cela vient-il ?

C’est Aristote qui, le premier, a développé l’idée du droit naturel : il existe un droit antérieur à toute législation et à tout décret qui est le vrai droit et le droit juste (ce qui est un pléonasme, en grec dikaion signifie le juste). Or ce droit consiste en des égalités de rapports qui sont mesurées par le juge qui rend à chacun le sien, ou pour être plus précis et éviter quelques confusions, qui rend à chacun la part qui lui revient. Le juge distribue selon des égalités de rapports. Pour reprendre l’exemple précédent, un cordonnier ne reçoit pas dans l’absolu autant d’honneur que le général, mais il en reçoit également en rapport à ce qu’il est. Proportionnellement le cordonnier et le général reçoivent autant d’honneurs. Ce droit d’Aristote est naturel dans le sens où il met en rapport des choses de la Cité, et dans ce sens-même il ne saurait exister là où ne peut exister aucun rapport : pas de droit dans la famille par exemple, parce que le fils est quelque chose du père. Pas de droit non plus entre les Cités car il n’y a pas commune mesure possible.

On voit donc que la définition du droit d’Aristote est limitée, mesurée, qu’elle consiste en une certaine égalité très précise. Mais jamais il n’existe dans l’absolu d’égalité en droit entre les hommes. L’expression « Pierre a les mêmes droits que Paul » est complètement vide de sens : il n’y a pas de droits subjectifs inhérents aux individus parce que le droit est égalité de rapports dans la Cité, et la distribution du tien et du mien n’est même pas une égalité absolue. Le cordonnier ne reçoit pas autant d’honneur que le général. L’égalité classique pose une harmonie, pas un équilibre.

Selon Michel Villey, l’excellent philosophe français du droit, c’est la philosophie d’Aristote qui a influencé en profondeur le droit romain qui est parvenu jusqu’à nous, philosophie ressuscitée par Saint Thomas d’Aquin, mais très vite radicalement transformée (ou pervertie) à l’aube de la modernité, caractérisée par la naissance des droits subjectifs et une transformation totale de l’idée de nature.

Avec Hobbes en particulier, la nature n’est plus le monde, la physis grecque, dans lequel existent des choses, des êtres divers, des substances et des accidents. La nature n’est plus que l’opposé du civil. Est naturel tout ce qui n’est pas civil : or puisque le naturel nous semble antérieur au civil, c’est dans le naturel que le civil trouve sa cause. Mais puisque le naturel n’existe que sans le civil, il n’y a pas de Cité dans la nature, seulement des individus distincts liés seulement par leurs actions et réactions les uns sur les autres. S’il y a droit naturel, il ne peut exister qu’en dehors de la Cité, c’est-à-dire en ces individus. Or le seul droit qui saurait exister dans la nature, le seul tien et mien de la nature, ce sont nos capacités et nos pouvoirs personnels, et ce qu’on acquiert grâce à eux. Et puisqu’il n’y a pas de pouvoir suffisamment supérieur à l’état de nature pour prévaloir sur tous les autres, ni de limites autres que naturelles au droit de chacun, il apparaît que dans l’état de nature, les individus sont égaux en droit, et qu’ils sont par ce fait en état de guerre permanent. Quel renversement par rapport à Aristote !

Apparaît ainsi l’égalité terme à terme typique de la modernité, introduite d’abord dans le domaine du droit et de la politique, qui trouvera son essor avec le libéralisme, avant que d’autres genres d’égalité terme à terme naissent dans les divers courants du socialisme reprochant à l’égalité libérale d’être formelle et non pas concrète. Malgré la contradiction apparente entre le libéralisme et le socialisme, tous deux reposent identiquement sur une égalité terme à terme et se distinguent donc radicalement du droit classique et de son égalité de rapports, inégalité dans l’absolue.

Mais il demeure une question, la plus importante de toute : soit, l’égalité terme à terme est une invention moderne, et soit, il faut reconnaître son caractère particulier dans l’Histoire, mais des deux égalités, la classique et la moderne, laquelle est la vraie ? Laquelle est la juste ?

L’égalité moderne s’est traduite dans une formule bien connue : tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits (Article 1 de la DDHC de 1789). Il faut reconnaître qu’il s’agit d’une véritable mythologie, auquel il est incroyable qu’on puisse accorder un quelconque crédit. Non, de fait les hommes ne naissent pas égaux en droits, ni égaux tout court. Et je ne parle pas là du droit positif, qui est de fait différent entre les Nations. Je parle bien d’un droit naturel : mais où dans la nature l’enfant qui vient au monde est l’égal de son père ? Même dans la mythologie de l’état de nature des philosophies du contrat social, il faut bien que les enfants naissent comme enfants, et non comme des adultes, à moins que l’état de nature soit composé d’adultes immortels, bref, de semi-dieux. Et qui oserait dire véritablement que le père n’a pas de pouvoir supérieur au nouveau-né ?

Mais peu importe l’état de nature, qui est une mythologie : ce qui nous est donné, c’est que l’homme naturel est, comme le disait Aristote, un animal politique. L’idée d’un droit sans Cité est une aberration, une absurdité, et c’est pourtant la conséquence de l’individualisme juridique, du droit subjectif qui fonde l’égalité moderne terme à terme. L’enfant qui vient au monde naît dans une famille, et les familles forment des Cités. Aristote est le plus près de la vérité parce qu’il s’accorde de plus près à ce qui est, à la réalité. Dans une famille, l’enfant qui naît n’est jamais l’égal du père. Même le droit positif moderne n’ose pas dire le contraire, malgré sa mythologie fondatrice, et accorde à l’enfant un statut juridique différent de celui de son père. On ne naît pas égaux, même pas en droit, et il semble plus juste que ce qui nous est distribué le soit en rapport à ce que nous sommes, que l’enfant reçoive ce qu’il doit recevoir en tant qu’il est enfant, et que le père reçoive ce qu’il doit en tant qu’il est père.

Si on devait parler dans le langage impropre des modernes, on pourrait dire que l’inégalité n’est pas seulement naturelle, elle est nécessaire et condition de la vie humaine. Les hommes non seulement naissent inégaux, en fait et en droit, mais ils le demeurent aussi en fait et en droit.

On ne peut justifier une quelconque égalité terme à terme entre les individus fondée sur la nature humaine. C’est dans cette nature humaine que les libéraux, et par la suite les socialistes, prétendent trouver la raison de l’égalité : ils disent que l’homme est avant tout un individu qui certes subit les contraintes de la nature mais est libre de ses pouvoirs dans ce cadre, et que par conséquent, tous les hommes étant individu naturellement libre, ils sont tous égaux.

Mais il n’y a pas d’individualité dans une essence. Ce n’est pas l’individualité qui constitue la nature humaine, mais l’essence de l’homme. Tout être est un individu, c’est une certitude acquise par l’ontologie depuis bien des siècles : un caillou est un individu, un chien est un individu, un homme est un individu. On ne dit rien en disant que l’homme est un individu, on est plus proche de la vérité en disant qu’il est une personne et que ce trait appartient non pas à l’individu, mais à l’espèce précise de l’homme, animal raisonnable. (« Espèce » au sens logique et non pas au sens biologique)

Tenir l’égalité des hommes par l’essence de l’homme ne nous avance que très peu. Il est vrai que les cailloux sont égaux parce qu’ils sont cailloux, ou que les chiens sont égaux parce qu’ils sont chiens, bref que chaque individu est égal aux individus de la même espèce en tant qu’il appartient à cette espèce. C’est de la pure logique qui ne nous avance à rien en politique.

Ce n’est pas dans la nature humaine que nous trouvons l’égalité car dans cette nature nous ne trouvons que l’homme. Et de fait, la philosophie politique ne s’est jamais contentée véritablement de dire que les hommes sont égaux, elle a toujours ajouté « en quelque chose » : or ce « en quelque chose » ne peut se trouver dans l’essence de l’homme car ce qui se trouve dans l’essence de l’homme est déjà dans tous les individus hommes du fait-même qu’ils appartiennent à cette espèce, et il est vrai que les individus ne sont pas égaux. C’est pourquoi il est vain de conclure une égalité entre des individus par l’essence si ce n’est pour faire une tautologie en disant que les individus hommes sont également hommes.

C’est d’autre chose que l’essence que provient véritablement l’idée d’égalité « en quelque chose ». Mais un individualisme plus rigoureux dans les termes devrait défendre que les individus sont inégaux, précisément parce que c’est l’individualité qui distinguent les êtres d’une même espèce. Et de fait, il apparaît que les hommes, en tant qu’ils sont des individus et non en tant qu’ils sont de la même espèce, sont inégaux. L’inégalité des individus est une évidence, un fait de nature incontestable. Il est donc absolument faux de dire que les individus naissent égaux et qu’ils le demeurent. La question est de savoir cependant si les individus doivent être égaux et en quoi.

Parce qu’ils sont des individus, les hommes ne peuvent pas être égaux en toute chose, sans quoi il n’y aurait qu’un seul individu dans l’espèce « homme ». Deux individus en tout point semblables ne sont toujours pas identiques du seul fait qu’ils sont deux et donc situés en deux points différents avec des corps différents et des âmes distinctes. Il est donc clair qu’il est strictement impossible qu’il existe une égalité terme à terme pure entre deux individus, mais seulement des similitudes. A vrai dire personne n’a été assez fou pour accepter la rigueur de l’idée de l’égalité moderne en cherchant à confondre les individus (physique strictement identique, richesse strictement identique, biens strictement identiques, famille strictement identique, etc.) et le projet d’obtenir « plus d’égalité » est très maladroitement exprimé quand on souhaite seulement approcher de l’égalité, et non pas l’obtenir. Car être plus proche de l’égalité, ce n’est pas avoir plus d’égalité, l’égalité est unique et signifie identité. Il y a égalité ou il n’y a pas égalité, il n’existe pas de degrés dans l’égalité.

L’égalité entre les individus est donc un idéal inatteignable en totale contradiction avec la réalité de l’individualité. Si nous sommes égaux, nous ne sommes plus des individus, ou bien nous sommes le même. Or nous l’avons déjà dit, si les hommes sont de la même espèce et sont égaux en tant qu’ils sont hommes, ils sont aussi naturellement des individus et dans leur cas précis des personnes distinctes irréductibles et respectables.

L’idée moderne de droit qui doit valider une égalité terme à terme entre les hommes du seul point de vue du droit n’est, quant à elle, que difficilement tenable. D’abord parce qu’elle consiste en un détournement complet de l’idée de droit : droit signifie justice, et non pas pouvoir et liberté. Ensuite parce qu’elle nécessite un réductionnisme rationaliste qui n’a aucune justification : non l’homme ne peut être abstrait de sa situation politique dans un quelconque état de nature. L’homme naît enfant dans une famille, et sans ses parents il n’est rien : donc l’homme est un animal politique. L’individu isolé n’existe pas. On peut le penser, mais il ne s’accorde aucunement avec les individus véritables qui existent, et ce non pas du fait qu’il est une abstraction, mais du fait qu’il est une très mauvaise abstraction. Un individu qui ne soit pas animal politique n’est pas un homme.

Comment pourrait-il être juste que des individus différents (nécessairement) agissant différemment et ayant des vertus différentes reçoivent des choses égales ? Est-il plus juste de rendre à chacun ce qui lui est dû ou bien est-il plus juste de donner à chacun la même chose indifféremment à son individualité du seul fait que tous participent à la même espèce ? Cette dernière voie commet l’erreur de nier l’individu – paradoxe de ce qu’on appelle aujourd’hui « individualisme », elle anéantit toute idée de justice par un principe injustifié. Mais il y a encore pire : attribuer au hasard ou arbitrairement diverses choses à chacun.

Rendre à chacun le sien, attribuer à chacun sa part dans la Cité (homme animal politique), ne peut donc pas se faire sans tenir compte de ce qu’est chacun : pas de justice dans l’égalité terme à terme, mais une justice véritable dans l’égalité de rapports, seule égalité respectable et digne de l’homme.

L’égalité digne de l’homme signifie donc, dans l’absolu et dans le langage impropre des modernes, inégalité. Inégalité de fait, inégalité physique, inégalité des conditions, inégalité des richesses, inégalité de droit. Il n’y a pas de noblesse dans l’idée moderne d’égalité, car on peut difficilement concevoir noble ce qui est injuste.

Le tort des modernes quant à l’égalité est l’idée extrêmement pauvre qu’ils se font de l’homme, individu abstrait de sa vie politique et de ses conditions biologiques (l’enfant n’existe pas, on naît adulte et tous en même temps). Et fait est que la modernité, par toutes les idéologies qui la traversent, est dans une recherche permanente d’abolition du politique, malgré son usage extrême – pour réaliser l’irréalisable -, et garde comme horizon véritable (mais lointain) l’humanité débarrassée du politique, comme retour à un état de nature pacifié.

Tort des modernes, et aussi leur orgueil démesuré : croire qu’avant la modernité il n’y a pas de connaissance de la nature humaine. Alors qu’on la connaissait d’une façon autrement plus riche et autrement plus juste !