Ordre et Révolution

Réflexions sur la modernité et le libéralisme

Marcel de Corte et Gustave Thibon, lecteurs de Nietzsche

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Nietzsche, pourfendeur de la morale et du christianisme, a pu être bien reçu de deux grands auteurs moralistes et catholiques du XXe siècle, Marcel de Corte et Gustave Thibon, qui ont trouvé en lui le dépositaire d’une vérité de la tradition qu’il appartenait à l’un de ses ennemis d’affirmer avec force: la vie.

Je vous propose dans le lien suivant une petite étude sur leur lecture de Nietzsche et sur la façon dont elle a pénétré leur oeuvre.

Marcel de Corte et Gustave Thibon : une lecture française, catholique et moraliste de Nietzsche

Bonne lecture à vous !

La question du nihilisme de la science à travers la philosophie catholique du XXe siècle (3)

Suite de l’article précédent.

Partie 1
Partie 2

 

III/ La science moderne dans la véritable sagesse : une place mesurée et subordonnée

 

  • Refonder la science dans le réalisme : une critique radicale des présupposés idéalistes

A la suite de l’encyclique Aeterni Patris de Léon XIII, le néo-thomisme, en particulier à travers l’œuvre du Cardinal Mercier (1851 – 1926), s’est lancé dans la réalisation d’une critériologie réaliste en vue de donner au problème de la connaissance posé par la philosophie moderne (Descartes et Kant principalement), qui a donné à la science toute la légitimité qu’on lui connaît encore, une solution conforme à la pensée de Saint Thomas d’Aquin. Toutefois ce projet de critériologie est resté tributaire de la pensée cartésienne du cogito jusqu’à ce qu’Etienne Gilson et Jacques Maritain entreprennent une sévère correction de la philosophie de la connaissance néo-thomiste en vue de l’en débarrasser des derniers reliquats cartésiens. S’il apparaît que Maritain a offert l’exposé le plus complet qui soit de la philosophie thomiste de la connaissance sous la dénomination de réalisme critique (dénomination récusée par Gilson) dans son chef d’œuvre Les Degrés du savoir[1], publié en 1932, c’est dans Le Réalisme méthodique d’Etienne Gilson, recueil d’articles parus au début des années 30, que nous trouvons le programme critique de la philosophie idéaliste à partir des fondamentaux du réalisme. Lire la suite »

La question du nihilisme de la science à travers la philosophie catholique du XXe siècle (2)

(Suite de l’article précédent.)

Partie 1

II/ Le « Romantisme » de la science : le nihilisme du projet scientifique moderne et de la civilisation technique

 

  • L’Univers creux de la science moderne : une représentation désintellectualisée

La science contemporaine du XXe siècle a transformé nos représentations de l’univers, du cosmos, comme le faisait déjà voir le Père Teilhard de Chardin : elle a d’une part participé à délégitimer toute représentation non scientifique de l’univers, en particulier philosophique et religieuse, et d’autre part elle a encouragé le développement de l’idée que l’univers, bien qu’il n’appartienne pas au domaine du mystère que la science récuse, n’en reste pas moins profondément inabordable tel quel à l’intelligence humaine et qu’il est mieux décrit, analysé et connu sur le mode du symbole. C’est en refusant de le comprendre, c’est en se réfugiant dans le champ du calculatoire et du langage symbolique que le scientifique peut appréhender l’univers. C’est cette conception de la science, orientée sur un « univers creux » où le sens se réduit au calcul et au symbole, et qui a prévalu dans une certaine philosophie analytique, que le thomiste Charles de Koninck (1906 – 1965) a entrepris de critiquer dans la série de conférences publiée sous le titre The Hollow Universe en 1960. Lire la suite »

La question du nihilisme de la science à travers la philosophie catholique du XXe siècle (1)

 La modernité, qui court de la Révolution française à nos jours[1], type inédit de civilisation dans l’histoire, fut, et est encore à bien des égards, une époque de défis pour l’Eglise et les philosophes catholiques. En effet, la modernité a mis à bas le régime sacral de civilisation qui prévalait encore avant elle, bien qu’en voie prononcée de morcellement, au profit d’un nouveau régime sécularisé qui contestait la place de l’Eglise dans l’ordre politique. Or la légitimité de la modernité a été en grande partie puisée dans les sciences modernes qui, depuis Galilée, avaient d’une part rencontré de nombreux succès, d’autre part étaient entrées à plusieurs reprises en conflit avec l’Eglise (le cas de Galilée entache dès le début les relations entre l’Eglise et les sciences modernes). C’est une certaine idée, ou représentation, de la science, due en particulier aux Lumières, qui a établi la modernité et esquissé un nouveau programme de « sagesse » pour la civilisation à venir (qu’on pense à l’Encyclopédie), programme qui se réalisera avec éclat et confiance tout au long du XIXe siècle, notamment sous l’impulsion du positivisme : dans l’ordre du savoir, la nouvelle civilisation moderne se reposera sur la seule science. Lire la suite »

Le problème de l’autonomie du politique dans la civilisation moderne pour la restauration de la primauté du spirituel (3)

(Suite et fin.)

Partie 1
Partie 2

 

III/ LA RELIGIOSITE DU POLITIQUE DANS LA MODERNITE : DEVELOPPEMENT ANORMAL ET GUERISON

A travers sa philosophie et son analyse de l’histoire, Maritain a cherché tout ce qu’il y avait de vraiment positif dans la situation moderne de la cité terrestre pour une restauration de la primauté du spirituel. Il n’en est pas moins resté un critique de l’humanisme anthropocentrique développé dans la philosophie moderne, parce que celui-ci a avili, selon lui, des aspirations pleinement légitimes (sécularité du politique, liberté, personnalisme, démocratie), en les détournant de leurs voies profondément spirituelles et religieuses[1]. Cependant, un autre thomiste, Marcel de Corte, a contesté l’idée que cet humanisme anthropocentrique était venu en surcroît d’une progression normale de l’histoire qu’il aurait perverti. C’est toute la modernité qui est traversée par une très forte religiosité détournée de l’ordre spirituel, et qui a mis à son profit une sorte de culte de l’Histoire pour se légitimer, piège dans lequel Maritain est tombé.

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Le problème de l’autonomie du politique dans la civilisation moderne pour la restauration de la primauté du spirituel (2)

(Suite de l’article précédent.)

Partie 1
Partie 3

 

II/ LE PRINCIPE DE LA PRIMAUTE DU SPIRITUEL FACE A L’EXPERIENCE HISTORIQUE CONCRETE DE LA MODERNITE

Si le principe de primauté du spirituel est immuable et toujours vrai, il doit prendre forme au sein de réalités historiques variées et très diverses. Or précisément, c’est dans la situation de la civilisation moderne fondée sur l’autonomie du politique que la réalisation de cette primauté devient problématique. Faut-il penser que les conditions d’instrumentalisation du politique au Moyen-Âge soient les seules qui conviennent pour une primauté effective du spirituel ? Faut-il véritablement souhaiter un nouveau Moyen-Âge, comme cela était en vogue au début du XXe siècle dans certains courants chrétiens, et en particulier chez Marcel de Corte ?

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Le problème de l’autonomie du politique dans la civilisation moderne pour la restauration de la primauté du spirituel (1)

La progression de la modernité à partir de la fin du Moyen Âge jusqu’à son avènement et sa réalisation définitifs dans le monde temporel avec la Révolution française a représenté un grave défi pour la pensée catholique dans la conception des rapports entre le domaine temporel et le domaine spirituel. Ce grave défi n’a cessé de se poser de plus en plus intensément au fur et à mesure que l’Etat moderne se constituant et s’enracinant venait contester toujours davantage la situation et la place de l’Église au sein de la cité. En France tout particulièrement, dès la Révolution, mais aussi tout au long du XIXe siècle et avec une plus grande férocité encore durant la première moitié du XXe siècle, l’État moderne, napoléonien comme républicain, a cherché ou bien à mettre l’Église sous son autorité, comme avec le Concordat de 1801, ou bien à chasser les influences spirituelles et les œuvres matérielles de l’Église dans la France républicaine.

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